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mardi 30 mai 2017

Une leçon de politique utile


Il fallait qu’un tel texte ressorte des tiroirs afin d’ouvrir les yeux aux lectorats en pleine période de course à l’Elysée. En effet, il ne s’agit pas d’un ouvrage inédit du romancier italien Umberto Eco mais d’un court extrait allant à l’essentiel sur quelques questions politiques tiré de son oeuvre humaniste et didactique Cinq leçons de morale.
Umberto Eco peut être considéré comme un sage; né en 1932 en Italie sous la dictature fasciste de Mussolini et décédé en février 2016, cet érudit a marqué la planète de son immense oeuvre littéraire, de même qu’à sa mort le Figaro a déploré la perte du “plus grand rêveur” au monde.
Mais l’intérêt du texte récemment édité par les éditions Grasset réside dans l’enfance et dans l’esprit d’analyse du romancier italien; le totalitarisme et les chemises noires ont fortement taché sa jeunesse.

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“A l’âge de dix ans, j’ai remporté le premier prix aux Ludi Juveniles (un concours à libre participation forcée pour jeunes fascistes Italiens). J’avais brodé avec une magistrale rhétorique sur le sujet: “faut-il mourir pour la gloire de Mussolini et le destin immortel de l’Italie?” Ma réponse était affirmative. J’étais un petit garçon très éveillé.”

Le paragraphe ci-dessus est l’amorce de l’opuscule et présente à elle seule toutes les dérives d’un régime oppresseur. Entre la période où il participa au concours et le temps de rédaction de son ouvrage, des années ont coulé, son esprit analytique s’est développé et en 1943 il a enfin découvert ce que signifiait “Liberté” puis “Libération” lorsque le régime de Mussolini s’est effondré. La paix lui a également fait un drôle d’effet; on lui avait enseigné que la guerre permanente était une “condition normale pour un jeune Italien.” En expérimentant la liberté d’expression et de rhétorique, Umberto Eco est parvenu à déterminer ce qu’est “l’Ur-fascisme”; “le fascisme primitif et éternel.”
De cette notion découle naturellement quatorze archétypes du fascisme tels que le culte de la tradition, le refus de modernisation, la haine envers les communistes, la réduction d’accès au savoir et à la culture, etc. L’auteur invite à ouvrir l’oeil sur une forme de pouvoir abusive “susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes. Notre devoir est de les démasquer [...] chaque jour, dans chaque partie du monde.”

Enfin, ce texte est une leçon de politique facile et rapide qui éveil l’esprit critique; une notion essentiel pour un citoyen en démocratie pour le bien être de tous et le respect des valeurs républicaines. La liberté n’est pas encore à porté de main pour tous les être humains. “On peut jouer au fascisme de mille façons, sans que jamais le nom du jeu ne change.”

Julie Feger-Fischer
Umberto Eco, Reconnaître le Fascisme, éditions Grasset, 3€


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